nous sommes charlie

Nous sommes Charlie

On espérait le meilleur pour 2015 mais on a assisté au pire. Un cauchemar de plusieurs jours semblant ne jamais finir. Après ces heures d’obscurité, la France s’est réveillée pour marcher dans la lumière. Espoir, entraide et liberté et ne sont pas morts.

Quand un drame national survient, il possède un double impact, à la fois collectif et individuel. Collectif car nous partageons le choc de la nouvelle, la douleur et le traumatisme découlant de cet évènement. Individuel car chacun vit le drame selon son propre lien avec les lieux, les victimes, et les craintes qui se réveillent en lui.

J’ai passé 2 ans dans une école de journalisme située tout près de Charlie Hebdo. Je me rappelle du prof de radio le premier jour, qui nous disait « Vous avez de la chance, il y a pas mal de redacs dans le coin, il y a Charlie Hebdo à côté, passez les voir à l’occasion ». S’il avait su.
J’ai longé la rue de l’Hyper Cacher en voiture la veille de la prise d’otage. J’ai tourné la tête pour voir les façades des magasins, en pensant qu’entre Lenôtre et Charles traiteur, ça devait être un coin sympa. Si j’avais su. Je devais aller acheter des meubles à côté, le jour même de la fusillade. C’est ma mère qui est venu me dire « Morgane, heureusement qu’on n’est pas encore parties, il y a une prise d’otage cours de Vincennes ». J’ai failli savoir.

Cette semaine noire a été la pire que j’ai connue en France. Tous les jours des morts, des blessés, des atrocités. Qui n’ont malgré tout pas réussi à vaincre la paix, la liberté et la tolérance en France.

Je me suis demandé ce que je pouvais faire ? Comment s’en remettre ? Comment conjurer la peur ?
J’ai trouvé la réponse en allant dans les rues. Marcher, prier, chanter, avec des milliers d’autres personnes endeuillées mais dignes et pacifiques. C’était beau. C’était tout ce qu’ils voulaient tuer mais qu’ils ont réveillé dix fois plus fort qu’avant. Je veux partager ce sentiment avec tous ceux qui n’ont pu descendre marcher et extérioriser l’horreur qui règne depuis des jours. Les français sont unis maintenant plus que jamais. Il n’y a pas d’amalgames. Il y a de l’union, de la force, et de l’honneur.
Charlie Hebdo s’est battu contre les extrêmes, politiques et religieux. Ils nous ont rappelé que la liberté d’expression et d’information étaient des droits qu’il fallait reconquérir chaque jour. Ils font partie de ces droits qui ne se défendent pas discrètement mais en action, en parole, en musique, en écriture, en dessin… Et ceux que ça dérange sont des esclaves. Je leur souhaite un jour de se libérer, car notre délivrance ne peut avoir lieu sans la leur. Tant que certains êtres seront prisonniers, nous serons tous prisonniers.

Nos yeux sont désormais ouverts, tant sur nos chances que sur les menaces pesant sur elles. Nous avons trouvé collectivement la force de nous relever. L’union fait toujours la plus puissante des forces. N’en déplaise à certains partis. Ce que j’ai compris, c’est qu’il fallait se battre individuellement pour notre liberté commune. On ne peut pas en laisser quelques-uns lutter pour tous. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas journaliste, politique, ou personnalité médiatique qu’on ne peut pas faire bouger les choses.
C’est en s’informant, par des sources variées, en votant, en tendant la main, en affirmant notre bienveillance et notre refus, aussi bien de la grande cruauté que de la petite méchanceté, que nous sécurisons notre monde de demain.

Nous sommes tous Charlie.

2 Commentaires

  • Merci pour cet article et ces merveilleux propos ! Merci de partager tes sentiments avec nous.

    Tu fais partie des premières personnes à qui j’ai pensé quand j’ai découvert la perpétration de l’ignoble attentat contre Charlie Hebdo. Je l’ai découverte vers 13 h 30 à la télévision, en rentrant d’examen. Je me suis demandé comment tu vivais cela en étant toi-même journaliste. J’ai aussi pensé à toi après la prise d’otage Porte de Vincennes, car si je ne m’abuse, cette rue ne doit pas se trouver loin de chez toi.

    Si j’étais sur Paris ou dans une autre grande ville française, je n’aurais pas hésité à descendre dans les rues. J’habite dans une petite ville et je devais de toute façon repartir sur Bruxelles et rester bien concentré, je suis dans une période assez intensive d’examens…

    Cette marche républicaine fut véritablement historique et a bien montré que nos valeurs chères à notre République, nos libertés d’expression et de culte, sont infiniment plus fortes que le fanatisme djihadiste. Et que nul sur Terre ne peut vaincre nos démocraties dans le monde occidental.

    Bises à toi !

    • Ce n’est pas loin de chez moi effectivement. Je sais que tout le monde ne pouvait pas participer aux marches et c’est pour ça que j’ai écrit le sentiment qu’elles donnaient. C’était réconfortant de se sentir entouré de milliers de gens partageant la même douleur et la même volonté de se battre pour protéger notre monde. Un monde dans lequel on a le droit d’écrire, chanter, rire et danser sans mourir pour cela. Un monde dans lequel on a le droit d’avoir ses opinions et la possibilité de les assumer.
      Ce qui compte c’est la flamme qui restera dans le coeur des gens, marcheurs ou non :)

      Bon courage pour tes exams, et merci pour ces belles pensées.

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