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Morgane de la phallocratie

Je pensais que c’était fini. Je pensais même qu’aujourd’hui on profitait plutôt de la discrimination positive. Bénéficiant des quotas et des résurgences de la galanterie.
Les garçons qui paient au restaurant,  les videurs qui te laissent entrer en boîte, le vieil adage en cas de naufrage : Les femmes et les enfants d’abord. Ne réveillons pas les fantômes du Titanic… Mais il y avait définitivement de la place pour Jack sur cette planche.

jack et rose dans titanic

Je croyais qu’on avait l’égalité avec un petit plus. Naïve.
C’était déjà idiot de penser qu’il y avait des traces du bon côté et pas le contraire.  S’il y en a dans un sens, il y en a forcément dans l’autre. C’était ignorer toute la partie immergée de l’iceberg. C’est bon, je laisse le Titanic tranquille.
Force est de constater que le sexisme plane encore sur la société. Dans des formes plus discrètes et plus pernicieuses. Difficiles à déceler.

Au départ il s’agit d’un malaise. Sans qu’on pense immédiatement au sexisme.
Mais il est bien là. Dans le travail ou dans la vie courante, il m’a rattrapée à deux reprises.

Dans la sphère professionnelle

Dans une boîte pour laquelle j’ai travaillé, je suis tombée sur un patron semi-sexiste.  C’était un mec cool, qui n’avait même pas conscience d’avoir un comportement misogyne sur les bords.
La première fois j’en ai ri. A la fin de l’entretien d’embauche, il m’a serré la main en disant : «Ça va faire du bien d’avoir une fille dans l’équipe parce que c’est toujours le bordel dans le bureau. Au moins quelqu’un va nous forcer à faire le ménage maintenant». J’ai pris ça pour une maladresse. Et comme je venais d’être embauchée, je n’ai pas osé lui dire que chez moi c’était Bagdad.
Puis le premier jour, il m’a demandé sur le chat de l’entreprise : «Ça te dit qu’on se fasse un petit coup de ménage dans la cuisine ? Elle est devenue assez crade. On s’y met tous les deux et on enchaine avec wordpress». Alors déjà ça ne me dit jamais de faire les corvées. Ensuite j’ai cru que tout le monde y passait de temps en temps alors j’ai lavé toute la pièce avec lui. Plus tard, j’ai appris que personne n’avait jamais nettoyé la cuisine plus de 2 minutes. Le maximum c’était de vider le lave-vaisselle ou passer un coup d’éponge après manger.
C’est devenu malsain quand il m’a demandé d’aller dîner avec des hommes pour établir des contacts stratégiques. En terminant sa phrase par «Fais-toi inviter comme ça on ne paie pas». Il a eu beaucoup de mal à comprendre que je refuse de le faire et m’a joué la carte du «Tu sais dans la vie il faut se donner les moyens. Moi je le fais». Good for you.
Le reste de mon contrat chez lui s’est déroulé dans ce climat. Teinté de malaise par petites touches sans qu’il ne soit jamais question de discrimination criante.
A tout employeur qui se reconnaitrait : Un changement ne serait ni trop tard, ni superflu. On ne sera même pas obligé d’en parler. Croyez-bien que c’est aussi gênant pour nous que pour vous.

Dans la sphère privée

Appellons-le monsieur X. Il m’a rajoutée sur facebook. J’ai demandé à une bonne amie commune s’il était cool et j’ai accepté.
On se parlait de temps en temps sur le chat jusqu’au jour où il a proposé de dîner pour faire vraiment connaissance. Je ne voulais surtout pas d’un date alors j’ai proposé un déjeuner. «Le restaurant de mon pote n’est ouvert que le soir». Vérification faite, c’était vrai.
Après avoir repoussé le dîner d’une semaine, et tenté en vain d’incruster ma copine… Monsieur X et moi-même sommes en tête à tête le jour J. Il m’achète une rose rouge. Je lui en achète une jaune.
Le repas se passe bien. Même plat, même vin, même humour.
Toute la soirée je lui fais comprendre que ce n’est pas un date. Mais quand vient le moment de rentrer : scandale ! Il faut que j’explique par A+B à monsieur X pourquoi je repars seule. Sur le chemin du retour, je reçois l’ultime texto de dramaqueen : «Oublie-moi».
Bien entendu ce «oublie-moi» veut dire «Et si on parlementait pendant une heure parce que je ne suis pas content ?». Il n’a jamais voulu comprendre que je voulais bien le connaître en vrai mais pas en profondeur.
Sauf erreur grossière de ma part «Les amis de mes amis sont mes amis» et pas «Les amis de mes amis sont mes targets».
Si j’avais été un mec, nous aurions pris une bière et serions devenu super potes. Comme je suis une fille, soit on se voit et on couche ensemble, soit on ne se parle plus. C’est ma punition.

Pour la première fois de ma vie je me dis qu’il serait plus simple d’être un homme. Avec un père travesti c’est le karma qui doit bien se marrer. Je voudrais ne pas être embauchée pour me taper le ménage ou les collaborateurs. Je voudrais rencontrer quelqu’un sans me demander s’il veut me faire l’amour ou la conversation. En attendant la vraie parité, on peut minimiser les dégâts.

Il y a un vecteur commun à ces histoires, à part celui des hommes, Le souper.
Moralité : Les dîners sont pour la famille et les amis proches. C’est tout.
Cher sexisme, tu m’as bien eue mais on ne m’y reprendra plus. Maintenant je te prierais de disparaitre.

Enfin, gare à ceux qui voudront faire de moi une féministe. Je ne l’ai jamais été et je ne pense pas que manifester seins nus ou se coller une barbe en poils de capuche soit une solution. Bien que ça ait le mérite d’attirer l’attention des médias.
Elles ont des cojones ces féministes. Mais ce qui serait encore plus narquois, c’est de s’habiller rétro façon Mad Men. Pour dénoncer les comportements de la même époque. En toute distinction. Et en toute ironie.

christina hendrix et les hommes dans mad men

14 Commentaires

  • Le sexisme au travail, on en parle presque jamais mais c’est encore une réalité dérangeante.
    Les différenciations en matière de rémunération et de déroulement de carrière existent toujours.
    Heureusement, à l’occasion de la journée de la femme, le gouvernement s’est attaqué au problème et prévoit des sanctions contre cette discrimination. Espérons que ce sera appliqué et que ça portera ses fruits…
    Les hommes qui accostent des filles inconnues ne sont pas trop nombreux, heureusement. Ce sont des gars de 30, 40 ans, qui sont envahis par la névrose de l’abstinence et veulent combler leurs manques dans la fragilité et la douceur de la jeune femme. Les filles, si ça vous arrive, je vous renvoie à « Morgane Non Merci » sur ce blog. Vous ne devez pas hésiter à décliner leurs avances indiscrètes, faites la sourde oreille si le mec est agressif et il gueulera dans le vide. Vous n’êtes pas leurs sujets et leurs souffre-douleurs!
    Ces incidents te sont souvent arrivés, Mogow?

  • Super article ! sérieux et très bien rédigé.
    Tu dis qu’il y a encore deux jours tu ne te serais jamais vue écrire un article sur le sexisme, ça concerne la sphère professionnelle ou la privée ?

  • C’est fou comme certain(e)s se défendent d’être féministe, féministe veut dire être pour l’égalité des sexes, tu n’es pas pour cela? Être égalitariste et humaniste ne va pas sans le féminisme.
    Bcq (trop) de femmes disent ça, certainement par rapport à l’image caricaturale (lutter pour le mademoiselle, castrer l’ennemi, poils sous le bras…) de certaines assoc qui œuvrent pour le féminisme ou encore à cause des Femen qui, plus que la caricature, faussent complètement le discours féministe et n’y connaissent RIEN: http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-03-12-Femen
    Ce que tu as vécu est ce qui s’appelle le sexisme ordinaire et il va souvent plus loin que ça.
    C’est bien que tu t’en rendes compte et c’est aussi très bien que tu aies été longtemps épargnée.
    Pour avoir un petit peu de lecture sur ce qui se passe dans nos chers pays occidentaux, je te conseille cet excellent article sur les « geeks » et la misogynie ( et l’homophobie et le racisme) qui est un excellent baromètre sur la face cachée de l’iceberg : http://cafaitgenre.org/2013/03/16/sexisme-chez-les-geeks-pourquoi-notre-communaute-est-malade-et-comment-y-remedier/

    Enfin, il est à noter qu’il n’est pire sexiste que les femmes elles-même qui véhiculent encore et toujours, en toute bonne conscience, des idées anti-féministe par excellence (je ne parle pas de toi bien sûr)
    S’il y a encore tant de débat, reportage, et article de presse sur la question, ce n’est pas pour rien. Et ce n’est certainement pas parce que ça ne t’aies jamais arrivé, que ça n’existe pas!!!

    Sinon j’aime bien ton blog, il est sympa, beau et « rafraîchissant » (désolée pour ce terme pas très joli, je n’arrive pas à en trouver un autre plus adapté à ce que je ressens)

    NB: même si Jack était monté sur la planche, il serait certainement tout aussi mort de froid. Les femmes sont généralement plus résistantes à la douleur et aux agressions naturelles, dans le cas Titanic, au jeu de la longévité, c’est Rose qui a gagné!

    • L’article sur les fémen est très intéressant. Celui sur les geeks est moins neutre, aussi je le laisse aux experts en la matière :)

  • Je pense Morgane, que tu es quand même féminisme et que ce n’est pas ce que tu crois.

    Etre féministe à la base, c’est être pour l’égalité des sexes, considérer que la femme est l’égale de l’homme, par exemple pour l’égalité salariale, ne pas être une bonne à tout faire parce qu’on est une femme… sans pour autant détester la galanterie masculine qui est bien agréable, sans pour autant considérer tous les hommes comme des connards machos…

    Le raccourci trop fréquent malheureusement est féministe = chienne de garde. Je ne me reconnais pas du tout là-dedans, mais dans une égalité hommes/femmes.

    • Je ne sais pas si je suis féministe mais je suis pour l’égalité des êtres humains autant que faire se peut. En revanche, j’aimerais qu’on cesse de râler, de s’indigner, de faire des crises simplement parce que la vie ne se passe pas comme on veut en accusant les inégalités dès qu’on le peut.

  • Je te lis depuis le tout début & les progrès sont flagrants ! C’est très bien écrit ! Tu arrives à parler avec humour de sujets sérieux et cela rend vraiment bien !
    Je suis en fac de droit et comme toi je serai éventuellement interéssée par une école de journalisme, est-ce que c’est l’école qui t’a appris à écrire ou est-ce que tu as toujours su écrire ?

    • Les deux. J’ai toujours griffonné à droite à gauche. Quand j’étais petite et que je ne savais pas encore écrire je faisais des traits noirs sur des feuilles blanches. Mes parents étaient ravis.
      Après, L’école de journalisme m’a donné des codes d’écriture. Faire des phrases courtes. Aller à l’essentiel. Et plus si affinités ;)

  • Le style des années 50 et celui que je trouve le plus classe pour les femmes , il y avait une rigueur qui vous allez particulièrement bien .
    Alors je dit oui a ta suggestion !!!et puis les hommes étaient cette sexiste , mais il y avait la galanterie
    Pour le reste malheureusement c est un peu vrai !! Voir trop

  • Bonjour Morgane, ça fait quelque temps que je lis ton site web et donc voici venu le temps de mon premier commentaire.

    « Je pensais même qu’aujourd’hui on profitait plutôt de la discrimination positive. Bénéficiant des quotas et des résurgences de la galanterie.
    Les garçons qui paient au restaurant, les videurs qui te laissent entrer en boîte, le vieil adage en cas de naufrage : Les femmes et les enfants d’abord. »

    Le problème de tout cela réside dans le fait que ceci est tout sauf de l’égalité des sexes. Si on souhaite réellement une égalité des sexes, on doit souhaiter abolir ceci mais étrangement, j’entends très peu de voix féminines abonder dans ce sens. C’est pour cela que Bruxelles (i.e l’Union Européenne) a annulé les tarifs d’assurance auto qui étaient plus chers pour les conducteurs que pour les conductrices. On peut difficilement se plaindre de la phallocratie et considérer cela comme bon.

    « «Ça va faire du bien d’avoir une fille dans l’équipe parce que c’est toujours le bordel dans le bureau. Au moins quelqu’un va nous forcer à faire le ménage maintenant» »

    Ca c’était plus une manière de déjà t’intégrer dans l’équipe, je te laisse juge du degré de maladresse dans ce message.

    « «Ça te dit qu’on se fasse un petit coup de ménage dans la cuisine ? Elle est devenue assez crade. On s’y met tous les deux et on enchaine avec wordpress» »

    Ce genre de coup fourré a été subi par de nombreux individus, hommes comme femmes, il suffit d’être stagiaire ou nouvel(le) embauché(e) pour que les plus hauts placés ou plus anciens profitent de toi en demandant des choses qu’ils n’oseraient pas demander aux autres.

    « En terminant sa phrase par «Fais-toi inviter comme ça on ne paie pas». Il a eu beaucoup de mal à comprendre que je refuse de le faire et m’a joué la carte du «Tu sais dans la vie il faut se donner les moyens. Moi je le fais». Good for you. »

    Je conçois ici que tu aies trouvé cela sexiste, seulement il y avait aussi et surtout une part de pragmatisme. C’est connu depuis la nuit des temps que les hommes ont tendance à se montrer plus sympathique/généreux envers une personne lorsque c’est une femme. Ceci est utilisé par de nombreuses entreprises et mêmes d’autres femmes pour avoir des faveurs qu’un homme n’aurait pu obtenir. C’est injuste pour les hommes mais c’est plus du pragmatisme teinté d’un peu de sexisme. Toutefois, c’est du même ton que lorsqu’on envoie pour une firme avec des partenaires étrangers, un des ses employés qui parlent la langue étrangère en question quand ce n’est pas directement un natif du pays des partenaires. C’est du pragmatisme qui vole un peu bas, certes, mais on en retrouve beaucoup en entreprise.

    « Sauf erreur grossière de ma part «Les amis de mes amis sont mes amis» et pas «Les amis de mes amis sont mes targets». »

    Je suis désolé mais il y a erreur grossière:

    « Les amis de mes amis sont des targets » est erronée, c’est vrai pour un homme hétérosexuel, l’expression « Les amiEs de mes amis sont des targets » est de l’ordre de la vérité générale, il suffit de compter le nombre de couples qui se sont formés par amis interposés. L’erreur résidait dans l’oubli du premier E qui a une importance fondamentale. Je conçois que ce principe te choque, mais c’est soit ça, soit les bars qui sont payants, soit les boîtes de nuit qui sont payantes, soit les établissements scolaires qu’on déserte quand « l’école est finie » soit l’entreprise mais c’est assez périlleux d’où l’adage « no zob in job », soit la rue mais là Morgane dira « Non Merci ». Aucun sexisme, encore une fois ici, c’est juste le monde parfois beau parfois cruel de la séduction.

    « Si j’avais été un mec, nous aurions pris une bière et serions devenu super potes. Comme je suis une fille, soit on se voit et on couche ensemble, soit on ne se parle plus. C’est ma punition. »

    Ce pauvre jeune homme maladroit (la rose qu’il t’a offerte dès votre premier rendez-vous est une maladresse car c’est un cadeau offert très précocement) semble préférer les femmes d’après ta description. Autrement dit, c’est certain que si tu en avais et donc tu t’appellerais Morgan (à prononcer à la française), il n’y aurait eu aucun désir donc ce serait seulement pour nouer une amitié qu’il t’aurait invité. Seulement voilà, tu es prénommée Morgane, tu es une femme donc il était probable (et c’était même le cas), qu’il soit attiré par toi, qu’il puisse te désirer. Le désir masculin n’est pas une panacée mais ce n’est pas une chose diabolique non plus, surtout s’il ne t’agresse pas verbalement, physiquement ou sexuellement. Les hommes ne sont pas des loups même quand ils désirent, toi et moi savons qu’ils sont même capables d’avoir un désir d’amour sincère.
    Nous conviendrons que le « oublie-moi » est tellement maladroit, certes ça te choque qu’il ne voulait pas être ami avec toi mais en dehors de mon avis sur l’amitié homme-femme, je trouve préférable qu’il joue cartes sur tables plutôt qu’il fasse semblant de vouloir être ami avec toi en espérant autre chose. C’est mieux pour lui et pour toi.

    Tu auras compris que dans ton récit, j’ai lu et vu plein de choses mais de phallocratie oppressante envers le genre féminin. Dans le premier cas, c’était le pragmatisme sournois qui parfois ne vole pas très haut mais qui a pignon sur rue dans le monde de l’entreprise, dans le second cas, c’était le fameux monde de la séduction avec ses joies et ses peines. En ce qui concerne les relations entre les hommes et les femmes, je pense qu’un grand pas sera fait quand les féministes cesseront d’organiser une guerre des tranchées contre les hommes et privilégieront l’entente ainsi que la discussion avec les hommes parce que le but demeure d’améliorer les rapports entre les deux sexes. Simplement, du côté des femmes, il faudra apprendre à cesser de (vouloir) profiter des avantages de la dissymétrie de la relation entre les deux sexes comme se faire payer des restaurant, les inscriptions gratuites en boîtes comme dans les sites de rencontre, la galanterie. Cela fait partie du jeu de l’égalité des sexes.

    Enfin Morgane, même si je l’ai très peu démontré dans mon commentaire: « je ne te hais point ». Au contraire, j’apprécie les articles de ton site sinon je n’aurais point écrit.

  • Oh mais je t’ai pas dit ! J’ai lu cet article mercredi soir, et jeudi j’avais un sujet d’invention à faire et j’ai parlé de la discrimination au travail, et ce grâce à toi !
    Tu es tout simplement génial Mogo’ ! ♥

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