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Les moments qui unissent une famille

Je suis allergique aux hôpitaux.

Chaque fois que j’y suis, même pour une visite, je ressens un malaise qui me pousse à vouloir m’enfuir aussi vite que possible. Évidemment je ne peux pas m’échapper quand je viens y voir mon papy malade. Au fond de moi j’ai même une petite voix qui lui dit « T’inquiète pas je viens en renfort, je vais pas te laisser tout seul dans cet endroit ».

Ce sont des moments assez durs. Le temps ne passe pas. Les joies sont teintées de « Oui mais quand-même on est dans un hôpital». Ça fait 4 jours que je suis en Lorraine, et aujourd’hui est la première journée où je ne me sens pas totalement démoralisée et impuissante en revenant de l’hosto. La différence c’est que ce midi, j’ai eu une vraie conversation avec mon grand-père. Dans laquelle je lui ai demandé de faire des efforts pour s’alimenter. Il a 83 ans, je ne peux pas l’empêcher de partir un jour mais je ne veux pas qu’il vive ses derniers instants là-bas. Sa place n’est pas dans leurs murs tristes. Il faut qu’il rentre à la maison, qu’il mange à sa table, qu’il s’assoie dans son bon fauteuil… Et ce soir je l’ai vu manger son plateau comme jamais. Deux galettes de pommes de terre entières, alors q’hier son repas ne faisait pas plus de 5 bouchées. Aujourd’hui est une victoire. Demain il faudra recommencer. Je m’attends à ce que chaque jour ne soit pas foufou, mais rien ne nous enlèvera notre victoire du jour.

Je voulais en parler ici car j’ai réalisé quelque chose d’important. J’ai pu communiquer ainsi avec mon papy car je me suis livrée à mes proches hier soir. Dans ma famille, on est du genre à tout intérioriser. Chacun gère sa peine de son côté pour éviter d’accabler les autres avec. Je croyais qu’il ne fallait pas que j’en parle. Puis j’ai fini par dire sincèrement que j’étais à bout, que ça me rendait folle de le voir se laisser aller. J’ai dit honnêtement que je ne pensais pas pouvoir y retourner une journée de plus dans ces conditions. Je trouvais que c’était une faiblesse de dire ça car tout le monde était courageux et ne disait rien, sauf moi.
A ce moment il s’est passé quelque chose d’inattendu. Tout le monde s’est ouvert et a dit ce qu’il avait sur le coeur. C’était comme si nous vivions avec un éléphant au milieu du salon depuis des jours et que nous faisions tous semblant de ne pas le voir. En m’autorisant à briser la façade, j’ai permis aux autres de le faire aussi. Chacun a partagé sa propre sagesse sur la situation. Ce qui m’a permis de mieux comprendre moi-même ce que je ressentais et comment le formuler.

C’est après cette discussion familiale que j’ai décidé de lui parler à coeur ouvert le lendemain. Il m’a entendue dans ce que je lui ai dit. Je suis consciente des efforts qu’il a fait, et ce soir nous sommes tous rentrés avec le coeur moins lourd.
Ces moments sont pesants, et sont aussi ceux qui unissent le plus une famille. Les grandes joies et les grandes épreuves confirment que nos proches sont ce que nous avons de plus précieux . Nous partageons tous la même peur, et le même amour pour notre Gilbert. Quand je le vois dans cet hôpital, ce n’est qu’un patient parmi d’autres, mais pour moi c’est le grand-père de ma vie. Seule ma famille peut comprendre ça.

Je ne sais pas pourquoi je n’osais pas leur parler. Je me suis sentie bien plus proche d’eux après, et bien plus forte. Si comme moi vous avez tendance à vouloir garder la face devant vos proches, à faire genre que vous allez bien pour les rassurer, arrêtez. Ça ne marche pas si bien que ça. Et surtout vous passez à côté de moments importants et révélateurs.
Je ne vais pas changer en une nuit, mais j’ai décidé de plus m’ouvrir avec ma famille. De parler sincèrement avec eux, sans forcément attendre que quelqu’un se retrouve à l’hôpital.

Il n’y a pas de temps à perdre. Quand on veut donner le meilleur de soi aux gens, il faut être le plus vrai possible.

Ne vous inquiétez pas pour moi, je vais bien. Je suis très bien entourée. J’aimerais pouvoir faire plus encore une fois, mais je dois accepter que tout ne soit pas entre mes mains. Si vous voulez me faire plaisir, dîtes quelque chose de sincère que vous n’avez jamais osé dire à quelqu’un de votre famille today. vous allez voir comme c’est crazy banana l’effet que ça fait.

Prenez-soin de vous mes petites marmottes.

8 Commentaires

  • Chaque jour dire et répéter « JE T’AIME ».
    Même si ça peut paraître lourd pour certains.
    Même si d’autres disent que c’est tellement évident que ce n’est pas la peine de le formuler.
    Je sais que ce n’est pas vraiment ça que tu demandes… mais c’est tellement important pour moi que je me devais de le dire une nouvelle fois.

    JE T’AIME

  • « Quand on veut donner le meilleur de soi aux gens, il faut être le plus vrai possible » mais c’est exactement ça.
    Pour ma part, c’est la maladie de mon père qui m’a rapproché de certains membres de ma famille, alors je suis entièrement d’accord avec toi quand tu dis que les plus grosses épreuves resserrent les liens. Et c’est parfois dommage que ce soit le cas lorsque quelque chose de grave se passe.
    Je trouve ça beau le fait que tu en parles ici, tu sembles très proche de tes lecteurs et c’est touchant. Continue d’être aussi bien entourée, et on croise tous les doigts pour que papy Gilbert aille mieux :)

    • Si ça peut servir au moins à une personne, je suis contente. On ne parle jamais de ces choses là quand tout va bien, parce qu’il n’y a aucune raison de le faire. Et quand tout va mal c’est parfois trop tard.

  • Tu sais que j’aime toujours venir mettre mon petit mot, mais ici c’est tellement dur… Objectivement je prends la voiture plus souvent pour aller à l’hôpital que pour aller aux courses, mon grand-père à été sauvé de deux cancers grâce à toutes ces personnes le plus souvent sympathique. Mon papa a gagné un combat difficile également dans ce lieu. Moi j’y ai un abonnement pour toutes sortes de raisons (examens, visites médicales, visites de courtoisie, spécialistes en tous genre, …). C’est parfois un peu froid, mais les infirmières/docteurs font bien souvent de leur mieux pour le réchauffer un peu par un sourire, un regard, une parole gentille.

    Quant à ton papy, je souhaite de tout cœur qu’il ne souffre pas, mais la nature veut qu’à passés 80 ans, et même si c’est dur pour ceux qui restent, il faut savoir laisser sa place… Et quand bien même on aime la personne de tout son cœur, de toute son âme, il faut parfois accepter qu’aimer c’est aussi accepter une fin digne et fière. C’est un sujet extrêmement épouvantable, mais c’est pourtant la vie. Un jour un sage (enfin il semblait l’être) à dit : « Souviens-toi homme que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Mais tant que les personnes restent dans les pensées, elles ne meurent pas vraiment.

    Et puis, chacun ses croyances, je ne suis pas là pour juger, mais j’ai le sentiment que plusieurs personnes que je n’ai pas oubliées m’attendent, quelque part, ou nulle part, qu’importe. Et que dans ce même endroit, à mon tour, j’attendrais ceux qui auront comptés. Pour les accueillir chaleureusement et leur montrer la face la plus joyeuse de ma personne. Une face qui s’est éteinte, au fil des années et des coups durs.

    Pour terminer, je pense que les mots sont trop faciles à dire. Les actes parlent bien plus. Je n’ai jamais dit à mon papa que je l’aimais, et pourtant il le sait. Je suis toujours là pour lui, quoi qu’il advienne, et inversement. J’ai un ami qui appelle sa femme « ma petite chérie » au téléphone et qu’une fois raccroché les noms d’oiseaux fusent. Je pourrais t’écrire que tu es la plus belle fille du monde, mais en réalité, je te trouve séduisante et jolie, mais c’est surtout pour la personne que tu es que je suis très attaché à toi. Ta « beauté » n’est qu’un bonus, une publicité presque. On s’intéresse à toi car tu es mignonne, et on s’attache à toi parce que tu es une fille formidable, optimiste, presque toujours de bonne humeur (et quand ce n’est pas le cas, la raison est bonne).

    Chez moi, on dit qu’il est aussi facile de dire oui que de dire non. En somme que le mensonge est facile et gratuit.

    • Ce que tu dis est vrai. Les paroles s’envolent. Les actes sont le réel discours.
      Ceci étant, les mots permettent parfois de communiquer plus rapidement que les actes. C’est ce que je voulais dire avec ce billet. Savoir parler avec ceux que l’on aime, aussi clairement que savoir être là pour eux et les soutenir, peut faire gagner beaucoup de temps.

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